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«Dans l’histoire du théâtre français, il y a deux périodes : avant et après Copeau.» Albert Camus

Jacques Copeau, animateur, comédien, metteur en scène, est une personnalité d’importance majeure dans le monde intellectuel et artistique français de la première moitié du XXe siècle : il a réformé de façon profonde et durable l’art dramatique, à la fois par ses exigences morales et artistiques, par ses méthodes de formation de l’acteur, par sa conception d’un répertoire raisonné faisant une place prépondérante aux classiques dans une mise en scène dépouillée, entièrement au service du texte. Son ambition : «Elever sur des fondations absolument intactes un théâtre nouveau».

Copeau est venu au théâtre, selon sa propre formule, par «une impulsion de moralité littéraire», sans aucune formation ni expériences pratiques. Mais il connaît les travaux de ses grands prédécesseurs : Antoine, Rouché (pour qui il a adapté Les Frères Karamasov), Stanislavski, Craig, et si globalement il n’en suit aucun, ne voulant s’enfermer dans aucun système, il sait leur emprunter tel ou tel élément pour constituer sa doctrine propre.

Pour Copeau, le théâtre de son temps n’est que mercantilisme, cabotinage et bassesse (dans les œuvres comme dans les mœurs). Il faut donc réformer à la fois ceux qui le font : acteurs et auteurs (d’où la nécessité d’une école) et les spectateurs. Chez lui, les exigences morales et esthétiques vont de pair. Il impose à sa troupe rigueur et discipline, travail collectif et communion autour du chef. Il met en pratique des méthodes souvent reprises après lui : vie communautaire strictement réglée, entrainement corporel, impro- visations, jeu de masques, échange de rôle, explications de texte. Ainsi se crée une troupe homogène, enthousiaste, où les acteurs sont rompus à tous les emplois. Dans le
répertoire du Théâtre du Vieux-Colombier – fait absolument nouveau à l’époque – les œuvres classiques tiennent une place prépondérante (cinquante huit classiques ou reprises, dont sept Molière et deux Shakespeare contre vingt-six créations). Selon lui, c’est en présentant ces modèles de beauté et de vérité que l’on pourra régénérer le goût perverti du public et stimuler l’inspiration des meilleurs écrivains.

Copeau prétend constituer un public fidèle et homogène qui juge non pas chaque spectacle en particulier, mais la démarche d’ensemble du Vieux-Colombier. Un public avec qui il veut établir de véritables relations : notamment par la publication d’une revue : les Cahiers du Vieux-Colombier.

Sur le plan de la mise en scène Copeau accorde au texte dramatique la première place. C’est de lui que doivent dépendre ses choix et non pas de systèmes extérieurs à l’œuvre (naturalisme, symbolisme, synthétisme). Aux ressources matérielles de la scène et à la machinerie, Copeau préfère le «tréteau nu». D’où la transformation du Théâtre du Vieux-Colombier en une architecture fixe où puisse se jouer n’importe quelle pièce, à l’aide de seulement quelques tentures et accessoires et d’éclairages soignés. Sur fond neutre, les costumes – aux couleurs et aux matériaux très étudiés – font ressortir le jeu des comédiens et les éléments essentiels de la mise en scène.

A partir de 1924, Copeau à évolué vers une conception d’un théâtre ouvert à un public plus large et, par conséquent, vers la recherche d’un répertoire approprié à un «théâtre populaire» : d’où ses recherches sur la «comédie nouvelle» qui tente de créer des types modernes à partir de personnage et de techniques issus de la commedia dell’arte, d’où aussi sa prédilection pour les théâtres grec et médiéval, prototype pour lui d’un art populaire.

La filiation de Copeau est nombreuse et diverse. Outre Charles Dullin et Louis Jouvet (présents dès le début de l’aventure), elle s’étend par le biais des copiaus à tout le théâtre d’après guerre (Michel Saint-Denis, Léon Chancerel, Jean Dasté, Marie-Hélène Dasté, Etienne Decroux, Gilles et Julien), notamment celui de la décentralisation et le Théâtre national populaire, dont les grandes notions morales et esthétiques procèdent essentiellement de lui.

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